🏢 Pierre-papier qui roule…

Les SCPI s’ajustent, mais les opportunités ne manquent pas.

11 février 2025

Bonjour,

L’épargne des Français reprend des couleurs, mais pas forcĂ©ment pour les bonnes raisons. Selon l’enquĂŞte annuelle du Cercle des Épargnants rĂ©alisĂ©e par Ipsos, 39 % des sondĂ©s dĂ©clarent vouloir Ă©pargner davantage, un record depuis 2017. Pourtant, cette tendance ne traduit pas une amĂ©lioration de leur situation financière, mais plutĂ´t un rĂ©flexe de prĂ©caution face Ă  un avenir incertain.

L’étude montre que l’épargne de précaution reste la principale motivation (59 %), loin devant la préparation de la retraite (28 %). L’immobilier, lui, profite de la baisse des taux, avec un regain d’intérêt pour l’achat de biens et l’investissement locatif. À l’inverse, les produits risqués reculent encore, malgré des rendements plus attractifs dans un contexte d’inflation en repli.

Ces résultats confirment que la prudence l’emporte largement sur la prise de risque. Si la situation économique semble s’améliorer, les comportements restent marqués par la défiance et la recherche de placements sécurisés. Une tendance qui se retrouve aussi sur le marché des SCPI, où les ajustements de valorisation se poursuivent. Décryptage d’un marché à deux vitesses dans notre dossier de la semaine.

Bonne semaine Ă  tous !

Assurance-vie luxembourgeois : le piège doré

La liquidation de FWU đź‡±đź‡ş met Ă  l’épreuve le fameux « triangle de sĂ©curitĂ© » luxembourgeois, censĂ© protĂ©ger les Ă©pargnants en cas de faillite. Si les clients restent prioritaires pour rĂ©cupĂ©rer leurs fonds, la rĂ©alitĂ© est plus complexe : la procĂ©dure pourrait durer plusieurs annĂ©es, et les valeurs liquidatives des contrats sont en chute libre, certaines ayant perdu jusqu’à 60 % de leur valeur initiale.

Les clients devront déclarer leurs créances avant 2028, mais beaucoup risquent de se heurter à des contestations, faute de relevés d’information précis. L’absence de communication de l’assureur, coupé de ses systèmes informatiques, ajoute à la confusion. De plus, les fonds restent gelés, malgré les promesses de protection du système luxembourgeois, rappelant que la flexibilité fiscale du pays peut avoir son revers.

Sur le plan juridique, le parcours s’annonce semé d’embûches : les épargnants devront engager des avocats locaux pour espérer un recours, une démarche coûteuse qui pourrait décourager les petits investisseurs. Contrairement à la France, où le FGAP couvre jusqu’à 70 000 € en cas de faillite, le Luxembourg ne garantit aucune indemnisation directe. Une affaire qui risque de refroidir bien des investisseurs attirés jusqu’ici par la solidité perçue de l’assurance-vie luxembourgeoise.

Après plus d’un an de baisse continue, les taux de crédit immobilier ont encore reculé en janvier, atteignant en moyenne 3,24 %. Cette dynamique s’inscrit dans une tendance de détente progressive amorcée depuis fin 2023, particulièrement marquée sur les prêts longue durée. Toutefois, si la baisse des taux a contribué à améliorer les conditions d’emprunt, des signaux d’essoufflement émergent. Certaines banques ont déjà amorcé de légères hausses, répercutant la remontée de l’OAT 10 ans, ce qui pourrait freiner cette amélioration.

Le marché immobilier reste donc suspendu à l’évolution des conditions économiques et financières. Une stabilisation des taux est probable à court terme, mais une remontée ne peut être exclue si les tensions sur le financement des États persistent. L’incertitude domine, laissant en suspens la question de savoir si cette pause est un simple pallier ou le début d’un retournement de tendance.

taux immobilier moyen sur 15, 20 et 25 ans en février 2025

La production de crédits immobiliers poursuit sa lente remontée après avoir touché un point bas en février 2024 à 6,8 milliards d’euros. Selon les chiffres publiés par la Banque de France le 6 février 2025, elle atteignait 11,6 milliards en décembre 2024, un niveau inédit depuis mai 2023. Cette reprise reste néanmoins timide et bien en deçà des volumes enregistrés lors des années de taux très bas (2016-2022). Pour l’instant, la baisse des taux ne suffit pas à relancer les rachats de crédits et les renégociations, qui ne représentent que 13,2 % des dossiers, signe que les emprunteurs attendent encore des conditions plus attractives avant de se repositionner.

évolution production de crédit immobilier en février 2025

Amériques

EMEA / Afrique

Asie Pacifique

A la une

  • 🇫🇷 ChĂ´mage technique – L’emploi salariĂ© privĂ© en France a chutĂ© de 50K postes fin 2024, un premier recul dans le tertiaire marchand depuis 2013.
  • 🇫🇷 FinTech – Figen AI lance ChatCGP, un agent IA conçu pour accompagner les conseillers en gestion de patrimoine en automatisant l’analyse fiscale, patrimoniale et juridique.
  • 🇷🇺 Accord en vue ? – Trump et Poutine auraient discutĂ© de la fin de la guerre en Ukraine, tandis que Washington durcit ses sanctions contre Moscou.
  • 🇫🇷 IA Ă  la française – Macron annonce 109Mds€ d’investissements dans l’intelligence artificielle, avec le soutien des Émirats et du fonds Brookfield.
  • 🇫🇷 IBAN suspect – Une proposition de loi veut crĂ©er un fichier national des IBAN frauduleux pour mieux lutter contre les arnaques bancaires.

Economie

  • 🇫🇷 LCB-FT – Caisse des dĂ©pĂ´ts et Tracfin renforcent leur coopĂ©ration pour lutter contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la fraude aux finances publiques.
  • 🇫🇷 Bercy temporise – Éric Lombard veut rassurer les entreprises : la surtaxe sur les grandes sociĂ©tĂ©s disparaĂ®tra en 2026, et la flat tax pourrait ĂŞtre ramenĂ©e Ă  30 %.
  • 🇫🇷 TVA allĂ©gĂ©e – Face Ă  la fronde, Bercy suspend la hausse de TVA pour les petits entrepreneurs, le temps d’une concertation.

Immobilier

  • 🇫🇷 Immobilier – iSelection lance AcquiS, une plate-forme digitale couplĂ©e Ă  un accompagnement commercial pour aider les agents immobiliers Ă  rĂ©pondre aux besoins en rĂ©sidences principales et investissements neufs.
  • 🇫🇷 Redressement – Realites placĂ© en procĂ©dure collective pour six mois. Le promoteur immobilier tente de finaliser sa restructuration, avec 60 chantiers en cours et 50M€ de cessions d’actifs prĂ©vues.
  • 🇫🇷 CrĂ©dit immo : fin de la panne ? – Après une chute de 15 % en 2024, la production de crĂ©dits repart, portĂ©e par la baisse des taux.

Placements

  • 🇫🇷 SCPI – Collecte en chute de 38 % (4,7 Md€), dont 9 % pour les nouvelles SCPI. 24 % ont baissĂ© leur prix de souscription, contre seulement 11 % en hausse. Taux de distribution moyen : 4,72 %.
  • 🇫🇷 Immobilier – Atland lance Aedgis, une sociĂ©tĂ© de gestion agréée par l’AMF, spĂ©cialisĂ©e en dette privĂ©e immobilière, avec un premier fonds ciblant des financements entre 5 et 25M€.
  • 🇺🇸 ETF ESG – Invesco lance un ETF alignĂ© sur un scĂ©nario climatique 1,5°C, optimisĂ© pour minimiser l’écart de performance avec le S&P 500 tout en intĂ©grant des exclusions sectorielles.
  • 🇫🇷 Equity – CPRAM lance un fonds Eltif 2.0 alliant actifs cotĂ©s et non cotĂ©s, accessible en assurance-vie et PER, avec une cible de rendement annuel de 9%.
  • 🇫🇷 Hedge funds – Amundi et Machina Capital lancent un fonds equity market neutral, exploitant des modèles quantitatifs et le machine learning pour gĂ©nĂ©rer de l’alpha avec une faible corrĂ©lation au marchĂ©.
  • 🇫🇷 Dette – Swen Capital Partners boucle son fonds Swen Mezz Flex 3 à 112M€, dĂ©passant son prĂ©cĂ©dent millĂ©sime de 20%. Objectif : 20 participations dans PME-ETI, avec dĂ©jĂ  12 investissements rĂ©alisĂ©s.
  • 🇪🇺 Dette – Goldman Sachs AM lance deux ETF High Yield actifs en USD et EUR, combinant sĂ©lection de titres et analyse quantitative pour maximiser le rendement.
  • 🇫🇷 Evergreen – Ramify lance X Fund, un fonds semi-liquide inspirĂ© des stratĂ©gies institutionnelles, accessible dès 100K€, avec un rendement cible de 7-10% et une liquiditĂ© trimestrielle.
  • 🇦🇺 Private Equity – Moonfare s’implante en Australie, offrant aux investisseurs locaux l’accès Ă  des fonds gĂ©rĂ©s par KKR, EQT, Carlyle et une plateforme secondaire pour Ă©changer leurs parts.
  • 🇨🇭 Assurance – Twelve Capital et Lumyna Investments lancent un fonds d’assurance paramĂ©trique, investissant dans des Cat Bonds et ILW pour couvrir les risques naturels et climatiques.
  • 🇫🇷 Assurance-vie – Yomoni renonce au label ISR pour sa stratĂ©gie ESG, privilĂ©giant une gestion indicielle alignĂ©e sur des critères SFDR (articles 8 & 9) et des indices favorisant la transition climatique.
  • 🇫🇷 Assurance vie – Suravenir franchit 5,4Mds€ de collecte brute en 2024 (+17%), avec 45% des encours en UC et un rebond de la distribution en ligne.
  • 🇫🇷 Assurance vie – BPCE franchit les 100Mds€ d’encours en 2024, avec une collecte nette record. Un rĂ©sultat dopĂ© par une hausse de 12 % des encours et une dynamique en unitĂ©s de compte.

Marchés

  • 🇺🇸 French Exit – En dix ans, plus de 130G$ de fleurons tricolores rachetĂ©s par les États-Unis, un recaord.
  • 🇫🇷 SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale fait le mĂ©nage – En 18 mois, la banque a cĂ©dĂ© 13 filiales, encaissant plus de 3G€. D’autres ventes pourraient suivre.
  • 🇫🇷 ArkĂ©a restructure – RĂ©organisation au sommet pour le CrĂ©dit Mutuel ArkĂ©a après l’annonce de son nouveau plan stratĂ©gique.
  • 🇨🇭 BlackRock mise sur l’Europe – Après un carton aux États-Unis, le gĂ©ant de la gestion d’actifs lance son ETF bitcoin en Suisse.
  • 🇨🇳 Chine : la grande modĂ©ration – Les investissements chinois en Europe ont fondu de 75 % en dix ans, privilĂ©giant dĂ©sormais l’expansion sur de nouveaux marchĂ©s.
  • 🇧🇷 Pause café – La livre d’arabica dĂ©passe les 4$, un record historique portĂ© par la chute de production brĂ©silienne et des stocks au plus bas.

Assurance

  • 🇱🇺 Liquidation – FWU Life Insurance placĂ© en liquidation judiciaire par le rĂ©gulateur luxembourgeois. Les 34 000 assurĂ©s en France restent protĂ©gĂ©s par le « triangle de sĂ©curitĂ© », mais l’issue pour les unitĂ©s de compte reste incertaine.
  • 🇫🇷 Inondations – TempĂŞtes de janvier en Bretagne : 130 Ă  160M€ de sinistres pour l’assurance, dont 50% couverts par la CCR.
  • 🇫🇷 CollectivitĂ©s – Smacl Assurances voit enfin le bout du tunnel. Après 200M€ de pertes en 2023, l’assureur prĂ©voit un retour Ă  l’équilibre en 2026, sous l’impulsion de la Maif.
  • 🇫🇷 SolvabilitĂ© 2 – L’ACPR pointe des progrès en gouvernance des donnĂ©es, mais appelle les assureurs Ă  renforcer traçabilitĂ© et contrĂ´les opĂ©rationnels.

SCPI : un marché à deux vitesses

L’annĂ©e 2024 n’a pas mis fin aux difficultĂ©s des sociĂ©tĂ©s civiles de placement immobilier (SCPI). Après une annĂ©e 2023 dĂ©jĂ  marquĂ©e par des ajustements, une nouvelle vague de baisse des prix de parts a frappĂ© plusieurs vĂ©hicules en ce dĂ©but d’annĂ©e. Parmi les acteurs concernĂ©s, PraemiaLa Française et Swiss Life ont dĂ©jĂ  rĂ©visĂ© leurs valorisations Ă  la baisse. D’autres grands noms du secteur, notamment les SCPI bancaires, pourraient suivre.

Cette situation rappelle la crise immobilière du dĂ©but des annĂ©es 1990, oĂą l’explosion de la bulle avait fait chuter les prix des bureaux parisiens après une envolĂ©e spectaculaire entre 1985 et 1989. Ă€ l’époque, la rĂ©cession avait entraĂ®nĂ© une hausse des taux de vacance et une chute brutale des valorisations. Toutefois, selon FrĂ©dĂ©ric BĂ´l, prĂ©sident de l’ASPIM (Association Française des SociĂ©tĂ©s de Placement Immobilier), la crise actuelle prĂ©sente des diffĂ©rences notables.

Un marché en mutation, mais toujours actif

MalgrĂ© ces turbulences, l’immobilier pierre-papier n’est pas en panne. En 2024, le marchĂ© a continuĂ© d’évoluer avec la crĂ©ation de 19 nouvelles SCPI, soit plus d’une par mois. Ces nouveaux vĂ©hicules ont attirĂ© près de 10 % de la collecte annuelle, illustrant l’intĂ©rĂŞt toujours prĂ©sent des investisseurs pour ce type de placement.

Selon l’ASPIM, l’environnement actuel offre des opportunités intéressantes, avec des prix et des rendements attractifs. Pour certains, cette période pourrait même être propice à l’investissement, notamment sur des segments moins touchés par la crise.

Les SCPI diversifiées tirent leur épingle du jeu

L’analyse de la collecte du dernier trimestre 2024 montre un marchĂ© Ă  plusieurs vitesses. Sur un total de 4,7 milliards d’euros collectĂ©s (+24 % sur un an), certaines SCPI s’en sortent nettement mieux que d’autres.

Les vĂ©hicules dits « diversifiĂ©s » – investis Ă  la fois dans les bureaux, la logistique, la santĂ©, le commerce ou encore l’hĂ´tellerie – concentrent 68 % des souscriptions, alors qu’ils ne reprĂ©sentent que 20 % du marchĂ©. Des gestionnaires comme AtlandSofidyCorum ou Paref ont ainsi mieux rĂ©sistĂ© aux secousses.

En revanche, le segment des bureaux continue de souffrir. Frédéric Bôl prévient que « de nombreuses SCPI de bureaux connaîtront encore des difficultés en 2025 », notamment en raison d’une vacance locative accrue dans certaines zones. Les immeubles situés en périphérie ou dans des tours de grande hauteur peinent à trouver preneur, le télétravail ayant bouleversé la demande.

Des baisses de prix et des arbitrages en vue

Face Ă  cette pression, plusieurs SCPI pourraient ĂŞtre contraintes de liquider certains actifs pour maintenir un niveau de liquiditĂ© suffisant. La prioritĂ© ira aux biens de qualitĂ©, occupĂ©s par des locataires solides, qui se vendent encore relativement bien. Mais cette stratĂ©gie risque d’accentuer la dĂ©gradation du parc immobilier des fonds les plus en difficultĂ©, car les biens restants seront souvent les moins attractifs.

Le montant des parts en attente de rachat s’élève actuellement Ă  1,2 milliard d’euros, concentrĂ© sur quelques acteurs historiques ayant fortement dĂ©valuĂ© leur portefeuille. Ă€ ce jour, 25 SCPI ont ajustĂ© leurs valorisations Ă  la baisse, parfois de près de 50 %.

Des fonds de remboursement pour limiter la casse

Pour allĂ©ger la pression sur les porteurs de parts, certaines sociĂ©tĂ©s de gestion, dont La Française et Praemia, ont mis en place des fonds de remboursement dĂ©diĂ©s aux investisseurs souhaitant sortir. Toutefois, ces dispositifs ont un coĂ»t : la liquiditĂ© sera obtenue au prix de nouvelles dĂ©cotes et d’un affaiblissement des rĂ©serves financières.

En parallèle, les dividendes distribués sont revus à la baisse. Plusieurs gestionnaires ont déjà annoncé une diminution d’environ 20 % des rendements prévus pour 2025, notamment pour préserver leurs marges de manœuvre face à l’érosion des réserves.

Les nouvelles SCPI en plein essor

Ă€ l’inverse, les vĂ©hicules les plus rĂ©cents captent une part croissante du marchĂ© et affichent des performances attractives. Certaines nouvelles SCPI distribuent des dividendes deux fois plus Ă©levĂ©s que les fonds plus anciens, attirant les investisseurs en quĂŞte de rendement.

En moyenne, le taux de distribution s’est Ă©tabli Ă  4,72 % en 2024, en lĂ©gère progression (+0,20 point) par rapport Ă  2023. Cette hausse s’explique en grande partie par la baisse du prix des parts (-4,9 % en moyenne), ce qui amĂ©liore mĂ©caniquement le rendement.

Avec la diminution des taux des autres placements sans risque (fonds euros, obligations monĂ©taires), les SCPI retrouvent une certaine compĂ©titivitĂ©. Mais cette embellie ne concerne pas tous les segments : les fonds investis massivement dans les bureaux restent sous pression.

Un retour Ă  la normale pas avant 2027 ?

L’ASPIM se veut prudente sur la durĂ©e de la crise. Selon ses projections, un rééquilibrage du marchĂ© immobilier n’interviendrait pas avant 2027. Ă€ titre de comparaison, la dernière crise majeure des SCPI dans les annĂ©es 1990 avait nĂ©cessitĂ© cinq ans pour ĂŞtre rĂ©sorbĂ©e, notamment grâce Ă  des fusions entre vĂ©hicules en difficultĂ©.

Face aux défis actuels, la question se pose : une consolidation du secteur pourrait-elle être la clé pour sortir de l’ornière ? L’avenir le dira.

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