đź’Ą Harvest : que contient vraiment la fuite ?

Quand la technologie fuit, c’est la confiance qui s’évapore.

16 avril 2025

Bonjour,

Le patrimoine, dit-on souvent, c’est d’abord une histoire de chiffres. Mais à force de manipuler des courbes, des allocations et des rendements annualisés, on finirait presque par oublier que derrière chaque donnée se cache une personne. Et parfois, une confiance qu’il ne faut pas trahir.

Cette semaine encore, l’actualitĂ© nous le rappelle avec une dĂ©licatesse toute relative. Apple condamnĂ© pour avoir transformĂ© la protection des donnĂ©es en avantage concurrentiel. Meta, pour avoir laissĂ© les mots de passe de millions d’utilisateurs se promener en clair comme au marchĂ©. Et surtout Harvest, fournisseur bien connu des CGP, victime d’une cyberattaque dont les consĂ©quences deviennent dĂ©sormais visibles : publication sur le darkweb de fichiers internes, incluant des listes de clients, des transactions, et des Ă©changes confidentiels. (Le dossier complet est Ă  lire plus bas.)

Dans notre métier, les données ne sont pas qu’un support technique. Ce sont des actifs à part entière. Une allocation mal calculée peut se corriger ; une perte de données, beaucoup moins. Parce qu’ici, l’erreur ne se mesure pas en points de performance, mais en perte de confiance. Et celle-ci, aucun tableau de bord ne sait la compenser.

Automatiser, mutualiser, digitaliser : très bien. Mais notre responsabilité, elle, reste artisanale. Car si la donnée est devenue un or noir, alors notre rôle est d’en rester les raffineurs — et non les pipelines fuyards. Nos clients ne nous confient pas que leur argent : ils nous confient leur histoire. À nous d’en être dignes.

Bonne semaine Ă  tous !

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Voir les biens

Les premiers frémissements d’une remontée des taux immobiliers se dessinent en ce mois d’avril 2025. Après plusieurs mois de stabilité ou de légères baisses, plusieurs courtiers signalent des hausses de quelques points de base sur les emprunts à 15, 20 ou 25 ans. Si les écarts sont encore minimes – de l’ordre de 0,05 à 0,07 point selon les grilles –, ils marquent un retournement de tendance après un cycle de détente engagé fin 2023. En toile de fond, les taux des obligations souveraines se stabilisent, mais les incertitudes macroéconomiques demeurent, notamment autour de la trajectoire budgétaire française et de la persistance d’un risque inflationniste résiduel.

Cette hausse, bien que contenue, pourrait avoir un double effet : ralentir temporairement l’amĂ©lioration des conditions d’emprunt, mais aussi inciter certains emprunteurs Ă  accĂ©lĂ©rer leur projet de financement avant une Ă©ventuelle poursuite de la remontĂ©e. Pour les professionnels, la vigilance est de mise : si les banques redeviennent plus sĂ©lectives et que les conditions se resserrent, l’accompagnement des clients dans le calibrage des plans de financement redevient un levier diffĂ©renciant. Dans un marchĂ© immobilier encore sous tension, toute anticipation stratĂ©gique peut faire la diffĂ©rence.

Amériques

EMEA / Afrique

Asie Pacifique

A la une

  • 🇫🇷 Emploi â€“ L’emploi salariĂ© privĂ© en France a diminuĂ© de 0,2 % au quatrième trimestre 2024, soit une perte de 50 100 postes, revenant ainsi Ă  son niveau de fin 2023.
  • 🇫🇷 CollectivitĂ©s â€“ Matignon convoque une confĂ©rence des finances publiques pour cadrer les efforts budgĂ©taires des Ă©lus locaux avant la loi de finances.
  • 🇫🇷 SantĂ© â€“ La Cour des comptes pointe le faible recours Ă  la tĂ©lĂ©consultation hors des grandes villes, relevant qu’elle ne touche que marginalement les dĂ©serts mĂ©dicaux.
  • 🇫🇷 DĂ©ficit â€“ Le gouvernement estime Ă  40G€ l’effort nĂ©cessaire pour ramener le dĂ©ficit public Ă  4,6 % du PIB en 2026.
  • 🇫🇷 FiscalitĂ© â€“ En 2024, 45 % des foyers fiscaux ont payĂ© l’impĂ´t sur le revenu, pour un total de 83 Md€, en lĂ©gère hausse par rapport Ă  2022.

Economie

  • 🇫🇷 ProductivitĂ© â€“ La France affiche un retard persistant de 5,9 % en productivitĂ© horaire par rapport Ă  son niveau prĂ©-Covid, selon le CNP.
  • 🇫🇷 DĂ©faillances â€“ 17 845 procĂ©dures collectives ont Ă©tĂ© ouvertes au T1 2025, en hausse de 4,4 % sur un an, selon Altares.
  • 🇪🇺 Politique monĂ©taire â€“ La BCE devrait opter pour une approche graduelle, en ajustant ses dĂ©cisions rĂ©union par rĂ©union selon l’Ă©volution des donnĂ©es macroĂ©conomiques.
  • 🇺🇸 Monnaie â€“ Le dollar recule fortement, victime des inquiĂ©tudes des investisseurs Ă©trangers qui rĂ©duisent leur exposition aux actifs US.
  • 🇺🇸 Consommation â€“ Le moral des mĂ©nages amĂ©ricains chute depuis dĂ©cembre, alors que les dĂ©fauts de paiement sur cartes de crĂ©dit dĂ©passent les niveaux prĂ©-Covid.
  • 🇨🇳 Commerce â€“ PĂ©kin relève ses surtaxes sur les importations amĂ©ricaines Ă  125 % Ă  partir du 12 avril, en rĂ©ponse aux nouvelles mesures de Washington.
  • 🇨🇳 Croissance â€“ UBS abaisse sa prĂ©vision de croissance pour la Chine Ă  3,4 % en 2025, la plus pessimiste parmi les grandes banques.

Immobilier

  • 🇺🇸 Commercial â€“ Woodcrest Capital rachète un complexe de bureaux Ă  Lincolnshire (Chicago) pour seulement 7$/ft², une dĂ©cote record de 95% par rapport Ă  la dernière vente de 2012 (148 M$).
  • 🇫🇷 Gouvernance â€“ RĂ©voquĂ©, Ă‰ric Donnet quitte la direction de Daniel FĂ©au, qui reste dirigĂ© par Charles-Marie Jottras et son comitĂ©.
  • 🇫🇷 Financement â€“ La Banque des Territoires renouvelle sa confiance Ă  TH en participant Ă  sa levĂ©e de fonds de 5,4 M€.

Fonds & placements

  • 🇫🇷 Gestion privĂ©e â€“ Dès janvier 2027, les mandataires ne pourront plus percevoir de commissions de mouvement sur les nouveaux mandats, mesure Ă©tendue Ă  l’ensemble des contrats existants en 2028, selon une dĂ©cision de l’AMF.
  • 🇫🇷 Private Equity â€“ Le fonds Apeo (Apax by Seven2), destinĂ© aux particuliers via l’assurance-vie et le Pereco, dĂ©passe 450M€.
  • 🇫🇷 Ă‰pargne â€“ Le taux du Livret A restera fixĂ© Ă  3,5 % jusqu’au 1er fĂ©vrier 2026, conformĂ©ment Ă  la recommandation de la Banque de France malgrĂ© la remontĂ©e de l’inflation.
  • 🇫🇷 ETF â€“ Amundi lance un ETF rĂ©pliquant l’indice S&P 500 Equal Weight, avec des frais parmi les plus bas d’Europe (0,12 %).
  • 🇳🇱 SCPI â€“ Sofidy investit plus de 20 M€ aux Pays-Bas pour le compte de la SCPI Sofidynamic, via un retail park de 28 000 m² Ă  Zutphen.
  • 🇫🇷 Crypto â€“ 10 % des Français dĂ©tiennent au moins une cryptomonnaie en 2025, contre 12 % en 2024, selon Adan et Deloitte.
  • 🇪🇺 Obligations â€“ Les ETF obligataires ont levĂ© 14,6G€ au T1, avec une prĂ©fĂ©rence marquĂ©e pour la dette souveraine europĂ©enne Ă  court terme.

Gérants

  • 🇫🇷 ISR â€“ L’AMF met en consultation de nouvelles règles plus strictes pour l’obtention du label ISR, avec des exigences renforcĂ©es en matière de transparence et d’impact rĂ©el sur la transition Ă©cologique.
  • 🇫🇷 ISR â€“ CritiquĂ©e par l’ONG Reclaim Finance pour son manque de transparence, la Caisse des dĂ©pĂ´ts assume son choix de ne pas divulguer ses participations financières au nom de l’efficacitĂ© de son dialogue actionnarial.
  • 🇫🇷 ISR â€“ Les fonds article 8 progressent de 15,9 % en 2024, contre +7,4 % pour les fonds article 9.
  • 🇫🇷 Crypto â€“ Binance lance en France Binance Wealth, une offre dĂ©diĂ©e aux gestionnaires de patrimoine, avec outils de suivi et recommandations intĂ©grĂ©s.
  • 🇺🇸 RĂ©sultats â€“ BlackRock affiche un bĂ©nĂ©fice net en recul de 4% au premier trimestre Ă  1,51G$, malgrĂ© un chiffre d’affaires en hausse de 12% Ă  5,28G$.
  • 🇫🇷 RĂ©sultats â€“ Apicil atteint ses objectifs 2024 avec un chiffre d’affaires de 3,9G€, en hausse sur tous les segments, et un rĂ©sultat combinĂ© de 58,4M€.
  • 🇫🇷 M&A â€“ BNP Paribas rĂ©affirme l’intĂ©rĂŞt stratĂ©gique du rachat d’Axa IM, qui doit permettre au groupe d’atteindre 1 500 Md€ d’actifs sous gestion dès juillet 2025.
  • 🇫🇷 M&A â€“ Accord signĂ© entre Atland et Keys & Co pour la vente de Keys REIM, spĂ©cialiste des fonds immobiliers alternatifs totalisant près de 900 M€ d’actifs sous gestion.

Marchés

  • 🇪🇺 Crypto â€“ Seulement 32% des levĂ©es de fonds des start-up crypto europĂ©ennes provenaient d’investisseurs europĂ©ens en 2024, selon l’Adan, soulevant des inquiĂ©tudes sur une possible expatriation vers les États-Unis.
  • 🇺🇸 Obligations â€“ Les rendements des Treasuries atteignent des sommets, sans preuve d’un dĂ©sengagement chinois, mais possiblement alimentĂ©s par un rapatriement europĂ©en.

Assurance

  • 🇫🇷 Assurtech â€“ Avec 609 710 contrats en portefeuille (+48 %), Acheel dĂ©passe les 200M€ de primes souscrites et multiplie par trois son rĂ©sultat net annuel Ă  3M€.
  • 🇫🇷 Assurtech â€“ Mila boucle un tour de table de 12M€, menĂ© par Elevation Capital Partners, pour soutenir son expansion au-delĂ  de l’immobilier.
  • 🇫🇷 Justice â€“ L’audience destinĂ©e Ă  examiner les demandes d’indemnisation des victimes d’Indexia (ex-Sfam) est reportĂ©e au 9 avril 2026, dans l’attente d’une dĂ©cision pĂ©nale dĂ©finitive en appel.
  • 🇫🇷 CollectivitĂ©s â€“ L’État, les assureurs et les Ă©lus ont signĂ© une charte pour amĂ©liorer l’assurabilitĂ© des collectivitĂ©s, notamment face au risque Ă©meutes.
  • 🇫🇷 SolvabilitĂ© â€“ Le ratio de solvabilitĂ© de MMA IARD chute de 25 points Ă  150%, alors que les fonds propres reculent Ă  4,26G€.

Note : cette publication a pour but de donner un Ă©clairage sur l’affaire Harvest. Elle a Ă©tĂ© faite avec le mĂŞme sĂ©rieux journalistique que les publications de ZeroBullshit. Pour les besoins de cette enquĂŞte, les fichiers du piratage ont Ă©tĂ© consultĂ©s, sans pour autant avoir eu besoin de les stocker. Les extraits publiĂ©s plus bas n’ont nullement pour but de rĂ©vĂ©ler les informations qui y sont contenues ou de mettre Ă  mal les donnĂ©es de Harvest, de ses clients ou des clients finaux, mais de montrer la gravitĂ© et la sensibilitĂ© des donnĂ©es, afin de montrer qu’Harvest a largement sous-estimĂ© les consĂ©quences dans ses diffĂ©rentes communication.
Harvest a dĂ©jĂ  envoyĂ© plusieurs mises en demeure suite aux rĂ©vĂ©lations de ses informations contre plusieurs personnes, et menace aujourd’hui plusieurs lanceurs d’alerte de poursuites judiciaires.

Le 9 janvier dernier, Sonia Fendler suivait le bal des vœux en adressant à ses clients un e-mail, dont le premier paragraphe s’appelle « La sécurité au cœur de nos priorités ».

« Nous mettons un accent particulier sur la sécurisation de nos outils afin de vous protéger efficacement contre les incidents de sécurité »

Disait la nouvelle DGA. Dans la version initiale, les termes « incidents de sĂ©curitĂ© » Ă©taient « cyberattaques et intrusions ». How ironic.

Tout juste un mois plus tard, le 27 février au matin, la DRH envoie à tous les salariés du groupe un e-mail parlant d’un incident de sécurité, et demande à tout le monde d’être très vigilant, et de ne cliquer sur aucun lien. Dans la foulée les clients sont avertis. Mais pendant plus d’un mois, la situation est largement minimisée auprès des clients, tandis qu’en interne plusieurs procédures d’urgence sont activées, afin que l’activité puisse poursuivre d’un côté, et que l’incident soit contenu de l’autre.

  • 27 fĂ©vrier, 10H32 : « nos solutions sont actuellement indisponibles » suite Ă  un « incident »
  • 27 fĂ©vrier, 17H29 : il est dĂ©sormais question d’« incident de sĂ©curitĂ© » qui « ne permet [pas] de conclure que des donnĂ©es […] ont Ă©tĂ© impactĂ©es »
  • 4 mars : « la cyberattaque n’a pas affectĂ© les donnĂ©es de vos clients »
  • 6 mars : « les donnĂ©es n’ont pas Ă©tĂ© affectĂ©es par l’incident »
  • 12 mars : « aucune extraction, fuite ou lecture de donnĂ©es de vos clients »
  • 17 mars : « la sĂ©curitĂ© des donnĂ©es de vos clients […] a Ă©tĂ© prĂ©servĂ©e de toute extraction, fuite ou mĂŞme lecture »
  • 19 mars : en rĂ©ponse Ă  un CGP « nos analyses sur l’application Big oĂą sont hĂ©bergĂ©es les donnĂ©es de vos clients n’ont mis en Ă©vidence aucune extraction ni fuite de donnĂ©es », mais il est dĂ©sormais question d’O2S oĂą « certains de[s] donnĂ©es pourraient avoir Ă©tĂ© affectĂ©es par la compromission »
  • 27 mars : « la sĂ©curitĂ© des donnĂ©es [des] clients contenus dans les logiciels Harvest a Ă©tĂ© prĂ©servĂ©e de toute extraction », fuite ou mĂŞme lecture »
  • 28 mars : « la sĂ©curitĂ© des donnĂ©es [des] clients contenus dans les logiciels Harvest a Ă©tĂ© prĂ©servĂ©e de toute extraction, fuite ou mĂŞme lecture ». Il est dĂ©sormais question d’une « compromission de quelques fichiers internet » ;
  • 1er avril : « la sĂ©curitĂ© des donnĂ©es [des] clients contenus dans les logiciels Harvest a Ă©tĂ© prĂ©servĂ©e de toute extraction », fuite ou mĂŞme lecture »

Il faut donc attendre le 11 avril pour qu’Harvest reconnaisse une « compromission de quelques fichiers internes […] publiĂ©es par le groupe de hackers » mais parle d’informations « ni sensibles ni personnelles ».

Sans surprise, c’est encore un mensonge.

Étonnamment cette communication arrive juste après que plusieurs personnes (Clement DomingoBenjamin Charles) aient rĂ©vĂ©lĂ© l’ampleur de la fuite. Ces mĂŞmes personnes qui ont reçu le jour mĂŞme une mise en demeure des avocats d’Harvest (ici et ici). Comme quoi parfois, ils savent ĂŞtre rĂ©actifs

A ce jour, plusieurs gros clients d’Harvest ont effectivement Ă©tĂ© appelĂ©s par le groupe afin de leur dire quelles informations ont fuitĂ©. C’est le cas de MAIF, par exemple, mais Ă©galement de quelques gros cabinets de CGP. Nombre de plus petits cabinets touchĂ©s n’ont visiblement pas Ă©tĂ© contactĂ©s, selon des informations recoupĂ©es auprès d’au moins 10 d’entre eux.

Pourtant, depuis un certain temps, Harvest discutait avec les pirates, et savait donc que non seulement ils Ă©taient en mesurer de leur redonner accès aux donnĂ©es… mais surtout qu’ils les avaient en leur possession, comme le montre cet extrait conversation.

Une attaque évitable

Sans entrer dans les dĂ©tails Ă  ce stade, l’attaque qui a touchĂ© Harvest est liĂ©e Ă  une erreur humaine. Une faille grave et connue sur un matĂ©riel physique n’a pas Ă©tĂ© corrigĂ©e. Et bien que l’abonnement pour ce matĂ©riel ait Ă©tĂ© rĂ©siliĂ©, il est restĂ© branchĂ©, ce qui a permis aux pirates d’accĂ©der aux donnĂ©es d’Harvest et de dĂ©ployer un ransomware. C’est-Ă -dire un programme qui va chiffrer toutes les donnĂ©es et les rendre inaccessibles/inutilisables sans un code donnĂ© par les pirates. Dans le cas prĂ©sent, et comme c’est souvent le cas, les pirates ont aussi copiĂ© un certain nombre de donnĂ©es.

Si c’est le 27 février que l’alerte est donnée, l’attaque avait évidemment commencé avant, et a probablement continué encore quelques heures durant la journée, puisque plusieurs fichiers sont datés du courant de la journée du 27 février.

Selon mes informations, il y aurait eu deux axes de rĂ©cupĂ©ration des donnĂ©es. Le premier, c’était de pĂ©nĂ©trer dans le rĂ©seau, puis de copier les informations, tout en les chiffrant. C’est-Ă -dire que les pirates ont l’intĂ©gralitĂ© des donnĂ©es, mais qu’Harvest n’y a plus accès. Il semblerait que l’intĂ©gralitĂ© des postes informatiques n’aient pas Ă©tĂ© attaquĂ©s. Mais il semblerait aussi que certains ont clairement Ă©tĂ© ciblĂ©es, notamment ceux des cadres de l’entreprise.

Dès leur discussion avec les pirates, Harvest savait qu’ils Ă©taient en possession des documents, puisqu’ils avaient envoyĂ© la liste de tous les fichiers. Dès lors, et sans qu’il ne soit encore possible de dĂ©terminer Ă  quelle date la confirmation a eu lieu, Harvest savait que des fichiers très sensibles avaient fuitĂ©.

Le deuxième axe, ce sont les bases de donnĂ©es d’Harvest, qui elles ne sont pas sur le rĂ©seau mais sur des serveurs. Au moins deux d’entre elles, issues de logiciels Harvest, seraient en vente. Selon l’extrait diffusĂ© par les pirates, une pourrait ĂŞtre celle d’O2S, mais il est trop tĂ´t pour confirmer :

  • Qu’elle est bien complète ;
  • Que les donnĂ©es sont rĂ©elles ;
  • Qu’il s’agisse effectivement d’O2S ;
  • Que les vendeurs ont rĂ©ellement l’intention de la vendre.

La base de donnĂ©es a effectivement Ă©tĂ© retirĂ©e une première fois de la vente, sans qu’il ne soit possible d’en conclure quoi que ce soit Ă  l’instant. Cela dit, il est probable qu’Harvest soit au courant des autres informations qui ont fuitĂ©, puisque les pirates ont confirmĂ© que d’autres leaks pourraient avoir lieu.

Par ailleurs, plusieurs tentatives d’attaques ont été repérées par des partenaires et clients, possiblement liées à des mots de passe et accès qui étaient gardés en clair dans les informations dérobées par les pirates.

Le tout pour un problème qui, comme on le verra un autre jour, était en partie identité.

Ce qu’on sait

Cela dit, et mĂŞme si rien d’autre ne fuitait, on parle quand mĂŞme de plus d’1To de donnĂ©es. Si Harvest a plusieurs fois affirmĂ© ne pas connaĂ®tre d’ampleur, elle est pourtant facilement mesurable : 813’581 fichiers dĂ©robĂ©s sont d’ores et dĂ©jĂ  dans la nature. Non seulement il y a des donnĂ©es sensibles, mais cela montre Ă©galement une extrĂŞme lĂ©gèretĂ© d’Harvest dans la manipulation des informations en sa possession.

« La question n’est plus de savoir si vous allez vous faire hacker, c’est quand vous allez vous faire hacker » – Sonia Fendler Ă  Gestion de Fortune

Parce qu’effectivement, comme l’a dit l’entreprise, il y a beaucoup d’informations internes, liĂ©es aux employĂ©s. Cela passe par des dossiers personnels, dans lesquels certains rangeaient des fiches de paie, des RIB, des dĂ©clarations de revenus… ou des mots de passe. On retrouve Ă©galement toutes les opĂ©rations confidentielles liĂ©es Ă  l’acquisition d’Harvest en aoĂ»t dernier par Montagu et TA (qui doit ĂŞtre bien contenu de son investissement Ă  495M€), ainsi que des informations financières sur l’entreprise. Mais aussi des dossiers complets de candidats ou de salariĂ©s, comportant des cartes d’identitĂ©, des passeports ou d’extraits de casier judiciaire.

C’est dĂ©jĂ  une infraction en soi. Un employeur peut/doit (selon les cas) demander ces papiers Ă  un salariĂ© afin de vĂ©rifier les informations. A plusieurs reprises, la CNIL a considĂ©rĂ© “excessive” la conservation de ces pièces. On comprend dans ce genre de cas pourquoi ce n’est pas très sain que ces documents restent en possession de l’employeur.

De même, nombre de documents internes liés à des projets, des clients, des contrats etc. font partie de la fuite. Mais on ne peut évidemment pas reprocher à une entreprise ou des employés de garder sur leurs ordinateurs les fichiers avec lesquels ils travaillent au quotidien. Bien que plusieurs fichiers laissent à penser que des documents aient pu être pris par des employés pour l’extérieur, puisque plusieurs très gros ZIP sont présents. Cela dit, encore une fois, il s’agit de la gestion interne de l’entreprise, d’autant que ces regroupements de fichiers concernant des documents confidentiels et sensibles, mais peu liés aux clients, et pas du tout aux clients finaux.

Là où c’est plus gênant, c’est que plusieurs documents contenus dans les ordinateurs des employés contiennent des informations sensibles.

Extrait d’un fichier de plus de 600’000 lignes d’informations patrimoniales

Ce fichier, par exemple, comporte des informations extrĂŞmement prĂ©cises, bien que pseudonymisĂ©es sur un nombre très important de personnes. Il se trouvait sur plusieurs ordinateurs, et une analyse permet de dĂ©terminer que l’extract de la base a Ă©tĂ© faite Ă  plusieurs reprises durant l’étĂ© 2019, via une stagiaire en analyse de donnĂ©es. Cet extract d’O2S a servi Ă  faire une Ă©tude avec Deloitte sur le rĂ´le des CGP dans la gestion retraite, et regroupait les donnĂ©es de 1593 sociĂ©tĂ©s, 733’613 clients pour un encours de 80,75G€.

Mais parfois, les données sont carrément identifiables. C’est le cas d’un fichier qui répertorie les encours, produit par produit, de plus de 100’000 clients d’une plateforme, clairement identifiés, sur un encours dépassant 6,5G€.

Ce même fichier affiche au passage les commissions sur près de 220’000 lignes. Dans d’autres, on peut également retrouver les encours des CGP par gérant.

Encours de plusieurs CGP chez un gérant parisien

Mais on trouve Ă©galement une liste de 2101 clients CGP avec les noms de leur clients, prospects (agrĂ©gĂ©s ou non), des informations sur leur utilisation d’O2S et les encours agrĂ©gĂ©s. Un autre document permet de voir les produits proposĂ©s par tous les CGP clients.

Ces mĂŞmes CGP, clients ou prospect dont on retrouve l’intĂ©gralitĂ© des coordonnĂ©es pour plus de 30’000 d’entre eux, avec les produits souscrits pour ceux qui sont dĂ©jĂ  clients. Dans un autre fichier, on peut mĂŞme retrouver les prix pratiquĂ©s et l’importance de la sociĂ©tĂ©, selon Harvest. De très nombreux fichiers donnent des listes complètes et prĂ©cises de CGP, avec leur coordonnĂ©es, sans la moindre protection.

Mais la liste des clients et des prospects se promenaient aussi sur le rĂ©seau, comme cet extract de la base MoneyPitch avec la liste des prospects et clients de très nombreux CGP, jusqu’au 12 fĂ©vrier dernier. Près de 87’000 identitĂ©s.

Certaines informations sont également très précises, puisqu’elles concernent les rapports de CGP avec leurs clients. Ici un fichier avec des dizaines de milliers de notes très précises avec des montants placés, des valorisations de placements ou de résidence, et de situation patrimoniale annotée, comme des héritages en attente ou des ventes en cours.

D’autres documents, comme des extracts de GED permettent de voir clairement des prises de positions (ou de sortie) de certains placements, et des évènements clés de clients finaux. On retrouve également des calendriers, identifiant nominativement des clients, avec des mentions telles que “très intéressée par SCPI de [rendement]”, “objectifs […] diminuer les droits de succession” ou des notions très limite comme “en instance de divorce”, “couple homosexuel” ou “monsieur très malade”.

Plus grave encore, plusieurs bases de données de plus de 70’000 de personnes, avec l’identité, les coordonnées, la profession, la classification MIF, l’identité pour la société (qui sert d’identifiant sur le site), le régime de tutelle, mais également le nom du conseiller, sont présentes dans les données. De quoi monter un parfait phishing. Mais également poser la question sur le traitement des données par cet assureur. Comment est-ce possible que plusieurs centaines de personnes mortes, parfois depuis 25 ans, soient encore présentes dans des bases de données ?

Qu’en retenir ?

D’abord, l’ampleur de la fuite est considĂ©rable : plus d’1To de donnĂ©es et 813 581 fichiers dĂ©robĂ©s sont dĂ©jĂ  dans la nature. Ce n’est pas une simple compromission de quelques fichiers internes comme l’a prĂ©tendu Harvest, mais bien une catastrophe massive concernant des donnĂ©es ultra-sensibles.

Ensuite, la gestion de crise dĂ©plorable d’Harvest, qui pendant des semaines a minimisĂ© l’incident auprès de ses clients tout en activant en interne des procĂ©dures d’urgence. Du « simple incident » Ă©voquĂ© le 27 fĂ©vrier aux multiples dĂ©mentis affirmant qu’aucune donnĂ©e n’avait Ă©tĂ© « extraite, fuitĂ©e ou mĂŞme lue », la communication d’Harvest s’est rĂ©vĂ©lĂ©e trompeuse. Ce n’est que face aux rĂ©vĂ©lations publiques que l’entreprise a finalement reconnu, Ă  contrecĹ“ur, une partie de la vĂ©ritĂ© – tout en envoyant des mises en demeure aux lanceurs d’alerte. Tout en affirmant que tous les CGP concernĂ©s avaient Ă©tĂ© averti, alors qu’on sait aujourd’hui que c’est faux.

Cette affaire met en lumière non seulement la vulnĂ©rabilitĂ© technique (une faille connue sur un matĂ©riel physique non corrigĂ©e), mais surtout l’incroyable lĂ©gèretĂ© avec laquelle Harvest a manipulĂ© pendant des annĂ©es des informations hautement confidentielles. Des extraits de bases de donnĂ©es avec des informations patrimoniales prĂ©cises, des coordonnĂ©es de dizaines de milliers de clients CGP, des notes sur la situation personnelle de particuliers appartenant Ă  des clients, jusqu’à des informations très sensibles… tout cela circulait sans protection adĂ©quate sur leurs rĂ©seaux.

Reste maintenant à voir comment cette affaire va évoluer juridiquement, tant du côté des clients lésés que des autorités de régulation. Car cela met en lumière de graves manquements dans la gestion de données sensibles.

Comment agir ?

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