Fonds euros : la prime France rapporte des centimes au client prudent

Par La rédaction · Publié le 24 septembre 2026

Depuis quelques jours, l'écart entre l'OAT à 10 ans et le Bund a dépassé 100 points de base, une première depuis 2012. En début de semaine, l'OAT rapportait 4,47%, plus que le taux italien (4,37%) et le taux grec, à une semaine de la présentation d'un budget 2027 bâti sur 54G€ d'économies. Dans notre pratique, ce chiffre annonce des fonds euros mieux servis en janvier. Le client classé prudent, lui, porte le risque budgétaire français sur tout son encours et n'en perçoit la rémunération que sur une fraction.

Depuis janvier, l'OAT a pris près d'un point. Le Bund en a pris la moitié. L'autre moitié correspond à l'élargissement de la prime France, passée d'environ 55 à plus de 100 points de base. Fin 2025, la dette souveraine française représentait 26% des portefeuilles obligataires des assureurs. Seuls les flux profitent de la prime : la collecte, 19,9G€ nets pour l'assurance-vie au premier trimestre 2026, et les titres arrivés à échéance. Le stock suit lentement : 60% des obligations qui tombent d'ici quatre ans portent un coupon inférieur à 3%.

Même en supposant qu'un cinquième de l'actif général se renouvelle chaque année, 47 points de base de prime supplémentaire sur 26% de ce flux ajoutent environ 2 centièmes de point au rendement de l'actif. Pour 360K€ logés en fonds euros, le gain avoisine 90€ bruts par an. En face, la totalité des 360K€ repose sur un actif général dont un quart de la poche obligataire dépend de la signature française. La PPB, tombée de 4,5% à 3,7% des encours entre fin 2023 et fin 2025, amortira moins qu'avant.

Ces 360K€ appartiennent à un client de 66 ans, 400K€ au total, profil prudent au questionnaire, qui prévoit de racheter 150K€ au printemps 2027 pour une donation à ses enfants. Le questionnaire a mesuré sa tolérance aux pertes. Il ne lui a jamais demandé s'il pouvait attendre 6 mois. Les obligations achetées en 2020 et 2021, quand l'OAT à 10 ans tournait autour de zéro, sont inscrites au coût amorti. Leurs moins-values restent latentes tant que l'assureur n'a pas à vendre pour payer des rachats.

Pour éviter ces ventes forcées, l'article L631-2-1 du Code monétaire et financier permet au HCSF de limiter le paiement des valeurs de rachat par périodes de 3 mois, dans la limite de 6 mois consécutifs. La mesure part d'une proposition du gouverneur de la Banque de France, mais le Haut Conseil qui la prend est présidé par le ministre de l'Économie, celui dont relève l'Agence France Trésor. Cette consanguinité figure dans le texte depuis bientôt dix ans. Le dispositif n'a jamais servi, ni en 2020 ni en 2022. Déclenché au printemps, il repousserait la donation de notre client à l'automne 2027. Reste à savoir combien de nos déclarations d'adéquation le mentionnent.

Paru dans le numéro du 22 septembre 2026

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